La confiance, une affaire de croyance ?

Pas de confiance sans risque : Pourquoi avons-nous besoin de nous faire confiance ? Imaginez un monde totalement prévisible, où l’inattendu n’aurait pas droit de cité: aurions-nous besoin de nous faire mutuellement confiance ? C’est parce que le monde dans lequel nous vivons est en perpétuel changement – devant sans cesse naviguer dans l’incertain – que nous avons besoin de nous appuyer sur des liens de confiance.  Nous avons besoin de nous faire confiance pour nous projeter dans l’avenir, pour bâtir un projet commun. Or ces alliances que nous tissons, bien sûr, ne sont pas sans risque. Elles se font au risque de la trahison. Faire confiance c’est aussi assumer ce risque là. En ce sens, il n’y a pas de confiance sans le risque assumé d’être trahi, sans prendre le risque de se rendre vulnérable face à autrui (Marzano). (…)
Quand le ciment de la confiance commence à « prendre», c’est une dynamique vertueuse qui prend forme. Untel inspire ou fait confiance à untel, ce dernier se sent reconnu et renforcé dans sa capacité à agir, les signes et les preuves de la confiance se multiplient,  les liens se solidifient,  l’assurance et la confiance augmentent. Avez-vous remarqué par exemple que plus la confiance est forte entre des partenaires, clients/fournisseurs,…, et plus les coups de griffe éventuels au contrat passent inaperçus ? et que lorsque la confiance est faible, au contraire, le moindre petit malentendu suffit à faire s’effondrer tout l’édifice ? (…)
La confiance repose sur la croyance
 : La confiance est une croyance.  Le verbe confier (du latin confidere : cum, « avec » et fidere « fier ») signifie, en effet, qu’on remet quelque chose de précieux à quelqu’un, en se fiant à lui et en s’abandonnant ainsi à sa bienveillance et à sa bonne foi. L’étymologie du mot montre par ailleurs les liens étroits qui existent entre la confiance, la foi, la fidélité, la confidence, le crédit et la croyance. Bref, la confiance repose sur un acte de croyance.  Sur quelle type de croyance repose-t-elle ?
– Une croyance en l’autre.  Dans une relation de confiance, on veut croire que l’autre
partage un intérêt commun à long terme plutôt que de maximiser son intérêt personnel à court terme. On aspire par exemple à travailler avec des collaborateurs qui s’engagent durablement dans un projet plutôt que des carriéristes volatiles.
– Une croyance « pratique », qui doit faire l‘épreuve du réel. Je ne peux pas vraiment savoir si cette croyance est vraie ou fausse avant de m’engager, avant d’investir ma confiance en l’autre, avant de parier sur tel ou tel. Les fondements de cette croyance n’apparaissent que rétrospectivement, à travers les différents marqueurs de confiance et en l’absence du contraire, l’entorse, le faux bon, le mensonge, …
– une croyance complexe car elle peut être à la fois très forte et très fragile. Elle est forte dans la mesure où sa remise en cause exige une analyse approfondie de ce qui s’est passé et une interprétation du comportement de l’autre. Pourquoi la confiance s’est-elle rompue ? à partir de quel moment ? Elle est fragile pour les mêmes raisons et parce qu’elle ne repose sur rien de tangible.
– Une croyance subjective : Bien souvent, dans les relations humaines, on a tendance à « croire en quelqu’un » sans savoir exactement pourquoi, ou du moins sans pouvoir expliquer les raisons exactes de cette croyance.
Confiance : Reliance ou Trust ?
 Différence entre le fait de compter sur quelqu’un de fiable et la confiance que l’on fait ou que l’on donne à quelqu’un, indépendamment de ses compétences spécifiques. Un individu peut en effet être considéré comme fiable à partir du moment où il possède un certain nombre de compétences techniques et morales. Un médecin par exemple, est fiable à partir du moment où il semble maîtriser son métier (…)
Reliable – Fiable, non vulnérable
On peut « compter sur » ce médecin sans pour autant lui faire véritablement confiance, c’est à dire sans être capable de s’abandonner à lui en toute sécurité. Quelqu’un de fiable et sur qui nous pouvons compter peut nous décevoir, notamment lorsqu’il ne remplit pas correctement son rôle et qu’il ne répond pas à nos attentes. Mais il ne peut pas nous trahir, simplement parce que nous ne nous sommes pas rendus vulnérables face à lui.
Trust – notion de vulnérabilité :
En revanche, nous pouvons avoir confiance en quelqu’un et nous rendre vulnérables devant lui, en acceptant de dépendre de sa bienveillance, sans que rien ne justifie notre confiance en lui.
De la fiabilité à la confiance
 : La fiabilité de quelqu’un, que l’on peut constater au fil d’une relation avec une personne peut alors nous amener progressivement à lui faire confiance. Surtout si l’on arrive à instaurer un vrai dialogue avec cette personne et à lui déclarer qu’on se fie à elle : « à partir du moment où nous déclarons à quelqu’un notre intention de compter sur lui, cette personne peut elle-même se sentir motivée par nos attentes et s’engager dans un processus au bout duquel la confiance
réciproque peut enfin surgir » (Marzano).
En quoi la confiance d’autrui nous change 
: En devenant le dépositaire de la confiance de l’autre, une confiance sans condition, nous sommes investie d’un pouvoir et d’une force considérable, qui nous pousse bien souvent à nous dépasser.  (…) Quand elle atteint ce stade, la confiance engendre des relations fortes qui peuvent transformer une personne, transformer son rapport au monde, au temps, à l’avenir.
Une attitude d’ouverture au monde 
: La confiance donne la possibilité de croire que l’espace des possibles est toujours ouvert, à la différence de la peur qui porte chacun à s’enfermer à l’intérieur d’un univers clos. Même si elle ne nous met pas à l’abri de la déception ou, pire encore, de la trahison, la confiance s’oppose directement aux impasses des comportements paniques (peur, défiance, autres comportements « compulsifs »).
Dans une période de doute, la confiance peut intervenir pour déjouer le cercle vicieux qui conduit à se refermer sur soi, en réintroduisant dans le monde le désir de croire, en poussant chacun à parier de nouveau sur sur l’avenir.


Extrait de la conférence donnée à l’IFG CNOF Paris 13 septembre 2011