Interroger notre besoin de reconnaissance

reconnaissance-200x300A l’heure où il est très souvent fait référence à la reconnaissance au travail comme un moyen pour remédier aux multiples maux de la relation managériale, il n’est peut-être pas inutile de revenir sur ce concept que l’on a souvent peine à circonscrire. La reconnaissance concerne les différentes sphères de notre existence. J’ai besoin d’être reconnu sur le plan professionnel comme dans mes relations personnelles, amicales, …etc. Mais une reconnaissance dans un domaine  suffit rarement à compenser un manque de reconnaissance dans un autre. Un individu qui a investi l’essentiel de sa demande de reconnaissance dans le domaine professionnel mais n’y reçoit plus aucune attention se découvre soudain privé d’existence. Un tel a consacré sa vie aux ressources humaines de grandes entreprises, d’où il tirait l’essentiel de son sentiment d’existence ; mais une fois qu’arrive l’age de la retraite et que la demande sociale disparaît,  comment dès lors compenser ce manque par l’attention dont lui témoigne ses proches ? n’existant plus  publiquement, il se sent tout simplement privé d’existence. Comme le fait remarquer Tzetan Todorov, on pourrait « séparer deux formes de reconnaissance auxquelles nous aspirons tous, mais dans des proportions très diverses. On pourrait parler à leur propos d’une reconnaissance de conformité et d’une reconnaissance de distinction. Ces deux catégories s’opposent l’une à l’autre : ou bien je veux être perçu comme différent des autres, ou bien comme leur semblable« (1)
Si par mon travail, j’exerce une fonction que la société considère comme utile pour elle, je peux me passer d’une reconnaissance de distinction (je ne m’attend pas à être congratulé en permanence pour chaque action entreprise…) et me contente d’une  reconnaissance de conformité (je rends service à mon entreprise, je suis utile à la Société…). Ici aucun besoin de solliciter le regard des autres. « j’ai intériorisé ce regard sous forme de normes et d’usages (…) et ma seule conformité aux règles me renvoie une image – positive de surcroît – de moi-même ; donc j’existe. Je n’aspire plus à être exceptionnel mais normal ; le résultat est pourtant le même. Le conformiste est en apparence plus modeste que le vaniteux ; mais l’un n’a pas moins besoin de reconnaissance que l’autre » (Ibid).

(1) in Sciences Humaines, n°131, Oct. 2002

*  Une étude récente de BVA montre que, en comparaison avec les autres pays européens, les français attachent le plus d’importance à la reconnaissance que leur renvoie leur hiérarchique direct.